Ce qui s’est passé le 1er septembre
Le 1er septembre 2026, à la rentrée scolaire, une jeune femme a rejoint l’école maternelle publique de Villey-Saint-Étienne, commune de Meurthe-et-Moselle située dans la banlieue sud de Nancy. Elle n’est ni enseignante, ni agent territorial : elle prépare un CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance (CAP AEPE) en contrat d’apprentissage, et c’est l’école maternelle qui lui sert de terrain de formation pratique.
L’information a été signalée le 2 septembre via Google News, sans qu’une source locale indépendante puisse la confirmer en détail. Le fait en lui-même est cohérent avec le cadre réglementaire en vigueur et avec les pratiques documentées dans d’autres communes de taille comparable. L’apprentie effectue ses semaines en entreprise au sein de la structure scolaire, en parallèle de ses cours théoriques dans un centre de formation des apprentis (CFA).
Villey-Saint-Étienne compte environ 1 600 habitants. Son école maternelle accueille des enfants de deux à six ans sur quelques classes. C’est dans ce cadre modeste, mais concret, qu’une apprentie démarre cette année un parcours qui mène, en douze à vingt-quatre mois, à un diplôme de niveau 3 reconnu par l’Éducation nationale.
L’alternance en maternelle : comment ça fonctionne concrètement
Le CAP AEPE peut se préparer par la voie scolaire classique, mais aussi en alternance via un contrat d’apprentissage ou un contrat de professionnalisation. Dans le cas d’un apprentissage, l’employeur peut être une commune : c’est elle qui signe le contrat avec l’apprentie et met à disposition le terrain de formation — ici, l’école maternelle. L’apprentie est alors juridiquement salariée de la commune, rémunérée selon un barème lié à son âge et à son année de formation.
Au quotidien, les missions confiées à une apprentie en maternelle restent encadrées par sa progression pédagogique. Elle accompagne les temps d’hygiène, aide à l’habillage, encadre les temps de sieste pour les plus jeunes, et soutient les activités proposées par l’enseignante. Elle n’a pas vocation à remplacer un agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM), mais elle travaille souvent en binôme avec celui-ci ou avec l’enseignante de la classe.
Le référentiel du CAP AEPE, tel que défini par l’arrêté de 2014 et ses révisions successives, distingue deux environnements professionnels : les structures d’accueil du jeune enfant (crèches, haltes-garderies) et le domicile. L’école maternelle est reconnue comme terrain de stage valide pour la partie « accueil collectif », ce qui permet à une apprentie d’y effectuer la totalité de sa période en entreprise si les conditions pédagogiques sont réunies. Le CFA valide la conformité du terrain avec les exigences du diplôme.
Un village de moins de 2 000 habitants qui joue le jeu
Accueillir une apprentie dans une école maternelle de village suppose plusieurs engagements simultanés. La commune doit signer un contrat d’apprentissage, assumer la charge salariale partiellement compensée par les aides de l’État, et désigner un maître d’apprentissage au sein de l’équipe. Dans une petite structure, c’est souvent la directrice de l’école ou l’ATSEM en poste qui endosse ce rôle de référente.
Pour une commune de 1 600 habitants, dont le budget de fonctionnement est limité, ce choix n’est pas anodin. Il témoigne d’une volonté d’intégrer un dispositif national dans un contexte local où chaque poste compte. Une apprentie représente aussi un renfort concret sur les temps de forte activité — accueil du matin, pause méridienne, activités en petits groupes — sans constituer un poste pérenne qui pèserait sur la masse salariale.
La direction de l’école joue un rôle déterminant dans le bon déroulement de l’apprentissage. Elle doit s’assurer que l’apprentie progresse sur les compétences attendues par le référentiel, maintenir une communication régulière avec le CFA et organiser les visites de suivi. Dans une école à faible effectif, cette coordination s’ajoute à la charge habituelle de l’équipe enseignante. Le fait que Villey-Saint-Étienne ait choisi cette voie plutôt qu’un simple stage conventionné indique une démarche plus engagée, avec une responsabilité employeur assumée par la mairie.
Le CAP AEPE en alternance, une voie qui monte
Depuis la réforme de l’apprentissage portée par la loi Avenir professionnel de septembre 2018, le nombre d’apprentis préparant un CAP AEPE a progressé de façon notable. Selon les données publiées par le ministère du Travail et la DARES, les effectifs en apprentissage dans les métiers de la petite enfance ont plus que doublé entre 2019 et 2023, portés par la suppression des quotas régionaux et l’ouverture du dispositif aux structures publiques.
Cette progression s’explique aussi par une tension durable sur les recrutements dans le secteur. Les crèches, les haltes-garderies et les écoles maternelles peinent à trouver des professionnels qualifiés, en particulier dans les zones rurales ou périurbaines. L’apprentissage permet de former directement sur le terrain des candidates qui connaissent déjà le contexte local et peuvent, à l’issue du diplôme, être recrutées sur place sans période d’adaptation.
Pour les jeunes qui s’orientent vers ce secteur, l’alternance présente un avantage concret : elle raccourcit le délai entre la formation et l’emploi, tout en apportant une rémunération dès le début du parcours. Une apprentie de dix-huit ans en première année touche, selon les barèmes 2024-2025, entre 27 % et 43 % du SMIC selon son niveau antérieur de formation. Ce n’est pas un salaire confortable, mais c’est une entrée dans la vie active qui diffère du schéma classique du stage non rémunéré.
L’événement de Villey-Saint-Étienne s’inscrit donc dans un mouvement plus large, qui voit des communes rurales de Meurthe-et-Moselle — comme d’autres départements — mobiliser l’apprentissage pour pallier des difficultés de recrutement que ni l’intérim ni les contrats saisonniers ne suffisent à couvrir. La rentrée 2026 en est une illustration parmi d’autres, à l’échelle d’un village qui a choisi de miser sur une formation plutôt que sur une solution provisoire.