La Soupe de la Sorcière : Paroles et signification de la poésie

Vous souvenez-vous de votre première poésie apprise par cœur à l’école ? Pour beaucoup d’entre nous, elle était rythmée, drôle, parfois un peu effrayante, mais toujours pleine d’images qui frappaient l’imagination. « La Soupe de la Sorcière » fait partie de ces poèmes emblématiques qui marquent la mémoire des enfants.

Avec son chaudron, ses vipères et ses crapauds, elle transporte les jeunes lecteurs dans un univers à la fois grotesque et fascinant. Mais au-delà de l’amusement, cette poésie a aussi une vraie valeur pédagogique, que ce soit au CP, au CE1 ou au CE2.

Voyons ensemble pourquoi ce texte est si marquant, comment il est utilisé en classe et de quelle manière il nourrit l’imaginaire tout en favorisant l’apprentissage de la langue.

Présentation de la poésie « La Soupe de la Sorcière »

La version la plus connue de ce poème est attribuée à Jacques Charpentreau, auteur reconnu dans la littérature jeunesse et la poésie contemporaine. Il a publié de nombreux textes destinés aux enfants, souvent empreints d’humour et de fantaisie.

Dans « La Soupe de la Sorcière », l’univers classique de la sorcière au chaudron est revisité avec légèreté. Le texte décrit, de manière volontairement exagérée et absurde, les ingrédients monstrueux qu’une sorcière choisit pour concocter sa potion. Quatre vipères, quatre crapauds pustuleux, quelques poils de loup ou de hibou : le poème joue avec les codes du dégoût pour provoquer le rire plutôt que la peur.

Ce qui fait la force du texte, c’est sa capacité à parler à plusieurs générations d’élèves. Le vocabulaire peut sembler étrange, mais il est suffisamment évocateur pour susciter l’intérêt des enfants. Le mot « chaudron » évoque immédiatement l’imaginaire magique, tandis que les animaux cités déclenchent grimaces et éclats de rire.

Le côté absurde et caricatural rappelle un peu les recettes impossibles inventées par les enfants eux-mêmes quand ils jouent à “cuisiner” avec des cailloux, des feuilles ou des insectes dans le jardin. On est en plein dans la logique du jeu.

Ce poème est régulièrement utilisé dans les classes de primaire, et pour cause : il se prête parfaitement à une mémorisation rapide grâce à sa structure rythmée et ses rimes évidentes. C’est ce mélange d’humour et de musicalité qui en fait un classique indémodable des manuels scolaires et des cahiers de poésie.

Paroles et structure : du CP au CE2

« La Soupe de la Sorcière » séduit par son rythme chantant et ses rimes. Les vers sont courts, percutants et souvent construits sur le même schéma répétitif. Cette répétition crée un effet comique et permet aux enfants de mémoriser plus facilement le texte.

Les paroles :

Dans son chaudron la sorcière
Avait mis quatre vipères
Quatre crapauds pustuleux
Quatre poils de barbe-bleue
Quatre rats, quatre souris
Quatre cruches d’eau croupies
Pour donner un peu de goût
Elle ajouta quatre clous
Sur le feu pendant quatre heures
Ca chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Sur le feu pendant quatre heures
Ca chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Quand on put passer à table
Hélas c’était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre
Quand on put passer à table
Hélas c’était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre

La structure :

  • Pour les enfants de CP, le texte est d’abord une découverte auditive. L’enseignant le lit à voix haute, les enfants s’en imprègnent, et petit à petit, ils répètent certains passages. Les mots « vipère », « crapaud » ou « pustuleux » peuvent être difficiles à comprendre, mais c’est justement l’occasion d’enrichir leur vocabulaire.
  • Au CE1, on commence à travailler plus précisément sur la reconnaissance des rimes et des sons. L’accumulation des ingrédients monstrueux est un support parfait pour montrer comment les mots peuvent se répondre d’une strophe à l’autre.
  • Au CE2, l’analyse devient plus fine : on observe la structure des vers, on distingue les différents procédés littéraires et on peut même encourager les enfants à écrire leur propre variante du poème.

L’un des aspects les plus intéressants réside dans la progression pédagogique. Le même texte peut être abordé de façon très différente selon l’âge des enfants, tout en conservant son pouvoir de séduction. C’est une rareté dans la poésie jeunesse : peu de poèmes permettent une telle adaptation.

Approche pédagogique : comment l’aborder en classe

la soupe de la sorcière poésie

En classe, ce poème est une mine d’or. Pour les enseignants de CP, la première étape est souvent la lecture collective. Les enfants écoutent, rient, et commencent à répéter. Ensuite, on peut proposer une activité d’illustration : dessiner la sorcière, le chaudron et les ingrédients.

Cela permet d’ancrer le vocabulaire et de stimuler l’imagination. Au CE1, les activités peuvent évoluer vers le repérage des rimes et la recherche de mots qui « sonnent pareil ». On peut aussi proposer un jeu : remplacer les ingrédients du poème par d’autres objets absurdes inventés par les enfants.

Ainsi, la soupe peut contenir « trois bonbons au caramel, deux baskets trouées et un parapluie cassé ». L’important, c’est de comprendre le mécanisme et de s’approprier le style.

Au CE2, les enseignants peuvent aller plus loin. On peut demander aux élèves d’écrire un poème « à la manière de », en conservant la structure mais en inventant une nouvelle recette imaginaire. C’est une excellente activité d’écriture créative qui permet d’expérimenter les rimes, les répétitions et les rythmes.

On peut aussi faire des lectures théâtralisées, où chaque groupe d’élèves prend en charge une strophe, avec mise en scène et intonation. Ce type d’activité renforce la confiance à l’oral et valorise l’expression personnelle.

L’intérêt de « La Soupe de la Sorcière », c’est qu’elle peut être exploitée de façon interdisciplinaire. En arts plastiques, les élèves dessinent ou fabriquent le chaudron. En sciences, on peut parler de vraies potions, de mélanges, de liquides.

En éducation musicale, on joue sur le rythme des vers, on invente des percussions corporelles pour accompagner la récitation. Bref, le poème devient un point de départ pour de multiples explorations.

Variantes et adaptations

Comme tout poème populaire, « La Soupe de la Sorcière » connaît plusieurs variantes. Certaines versions raccourcies circulent en CP pour faciliter la mémorisation, tandis que d’autres, plus complètes, sont proposées au CE2. On trouve aussi des adaptations modernes, où les ingrédients changent pour correspondre aux goûts des enfants : on peut ainsi remplacer les animaux monstrueux par des objets de la vie quotidienne, ce qui accentue encore l’absurde et le comique.

Certains enseignants inventent même des versions collectives du poème, en laissant chaque élève ajouter un ingrédient à la soupe. On obtient alors une recette délirante, reflet de l’imagination collective de la classe.

Ces activités renforcent le sentiment d’appartenance et montrent aux enfants qu’ils peuvent eux-mêmes être créateurs de poésie. Loin d’être figé, le texte devient un terrain de jeu et d’expérimentation.