À l’école maternelle, pourquoi la joie de travailler avec les enfants ne suffit pas à tenir

À l’école maternelle, pourquoi la joie de travailler avec les enfants ne suffit pas à tenir

Des professionnels de maternelle qui aiment leur métier envisagent pourtant de le quitter : c’est le constat d’une étude relayée le 31 octobre 2026 par The Conversation, signée de Marie-Claire Lemarchand-Chauvin, maîtresse de conférences en didactique des langues à l’Université de Lorraine, puis reprise par le site Factuel de l’université. Elle repose sur trois enquêtes menées auprès de 181 professionnels de la petite enfance : enseignants, ATSEM et animateurs. Sa réponse tient en une phrase : l’usure vient moins des enfants que du travail et de l’institution.

Une joie réelle, mais qui cohabite avec le reste

Les personnes interrogées trouvent auprès des enfants une joie réelle. Cette joie coexiste avec de la colère, de la culpabilité, de la fatigue et, parfois, l’envie de démissionner. Les deux ne s’annulent pas : on peut sortir d’une journée heureuse d’avoir accompagné un groupe d’enfants et, dans le même temps, ne plus se sentir capable de tenir longtemps ainsi.

L’étude invite à lire ces émotions autrement que comme un défaut de gestion personnelle. Elles renseignent aussi sur les conditions dans lesquelles le métier s’exerce.

Ce que citent les professionnels comme déclencheurs négatifs

Parmi les déclencheurs négatifs analysés, le travail et l’institution sont cités plus souvent que les enfants. Les catégories concernées sont les relations d’équipe, les conditions matérielles, la hiérarchie, l’administration, l’organisation et l’incertitude professionnelle. La recherche disponible ne fournit pas de pourcentage précis : on sait que ces éléments dominent, pas dans quelle proportion.

Cela ne veut pas dire que les enfants ne fatiguent jamais. Ils restent parfois une source de difficulté. Simplement, ils ne sont pas la cause principale de l’usure telle que la décrivent les personnes interrogées.

La culpabilité, un signal et non une preuve

Selon l’étude, se sentir coupable ne signifie pas avoir mal fait. On peut tenir profondément à son métier sans disposer des conditions pour l’exercer selon ses valeurs. La culpabilité traduit alors un écart entre ce que l’on voudrait offrir aux enfants et les moyens réels dont on dispose. Elle devient un indicateur sur le cadre de travail, pas un verdict sur la qualité de celui ou celle qui l’éprouve.

Des réponses attendues du côté du collectif

La conclusion de l’étude est que la gestion individuelle des émotions ne suffit pas : des réponses collectives sont nécessaires. Elles passent par l’équipe, l’organisation du travail et l’institution. Ce que l’étude ne dit pas, c’est laquelle de ces sources de tension domine dans un établissement donné : cela dépend de la taille de la classe, de l’équipe en place et de la hiérarchie locale, et la recherche ne permet pas de trancher cas par cas.

Un constat qui dépasse l’échantillon

Les 181 professionnels interrogés ne représentent pas toute la profession : l’étude éclaire des mécanismes, elle ne mesure pas la situation générale. D’autres chiffres, issus de sources distinctes, vont dans le même sens, avec des périmètres différents à ne pas confondre.

  • Pour les ATSEM, une enquête publiée en 2023 (organisme auteur non précisé dans la recherche) indique que 62 % des ATSEM interrogées déclarent un effet négatif du travail sur leur santé physique ou psychologique, et que près d’une sur deux commence sa journée épuisée.
  • Pour les enseignants en général, le baromètre 2026 de l’Observatoire Ecolhuma, mené auprès de plus de 1 000 enseignants, indique que 47 % atteignent un seuil clinique d’épuisement émotionnel, contre 59 % en 2024. Il ne porte pas spécifiquement sur la maternelle et sa méthodologie n’est pas détaillée.
  • Toujours chez les enseignants, les arrêts de travail ont augmenté de 43 % en cinq ans, selon des données de la Cour des comptes (la période exacte n’est pas précisée dans la recherche). Les symptômes de burn-out touchent 17 à 29 % d’entre eux, contre environ 11 % dans la population active globale ; la fourchette est large parce que les sources et les méthodes diffèrent.

La rentrée 2026 en toile de fond

À la rentrée 2026, la moyenne nationale est de 21 élèves par classe, mais certaines classes de maternelle en comptent encore 30, selon des données de l’Assemblée nationale. Le gouvernement a par ailleurs annoncé la suppression de plus de 4 000 postes d’enseignants, dans un contexte de pénurie déjà documenté. Ces éléments décrivent le cadre dans lequel travaillent aujourd’hui les équipes. Rien ne permet d’affirmer qu’ils expliquent à eux seuls les résultats de l’étude, menée sur un échantillon limité et sur des enquêtes antérieures à cette rentrée.

Pour qui se reconnaît dans ce paradoxe, la lecture proposée par la recherche est claire : la fatigue, la colère ou la culpabilité ne sont pas forcément le signe d’une vocation insuffisante. Elles peuvent signaler un travail qui ne laisse pas la place d’exercer comme on le voudrait, et appellent des réponses d’équipe et d’organisation. Les enjeux de relation et de communication en équipe rejoignent d’ailleurs ceux que l’on observe ailleurs, par exemple dans le portail famille d’une commune, où l’organisation du lien entre services, écoles et parents pèse sur le quotidien de chacun.

Chef cuistot passionnée par la gastronomie, je partage mon amour de la cuisine à travers des recettes authentiques et créatives développées au fil du temps. À 44 ans, mon expérience m'a permis d'explorer de nombreuses saveurs et techniques culinaires que je suis impatiente de partager avec vous.