On l’a tous fait, ou vu faire : un adulte qui attrape un bébé sous les aisselles pour le hisser à hauteur de visage, le poser sur la table à langer, ou simplement le prendre dans ses bras. C’est rapide, intuitif, parfois même instinctif. Pourtant, ce petit geste pratique peut cacher de grands risques.
Ce que les professionnels de santé, kinés et podologues pédiatriques alertent depuis plusieurs années, c’est qu’un portage mal adapté – même ponctuel – peut avoir des conséquences sur la posture, les nerfs ou les articulations du nourrisson.
Il ne s’agit pas d’une peur excessive, mais d’un appel au bon sens : le corps du bébé est en plein développement, et mérite une attention particulière à chaque manipulation.
Ce que cache vraiment le portage sous les aisselles

Au premier abord, porter un bébé sous les bras semble inoffensif. Pourtant, à y regarder de plus près, ce geste ne soutient ni la tête, ni la nuque, ni le bassin – autant d’éléments clés dans le développement de la motricité globale du tout-petit.
Chez un nourrisson de moins de trois mois, la tête représente près d’un tiers du poids total du corps, sans réelle musculature pour la stabiliser.
Résultat : quand on soulève un bébé sous les aisselles, sa tête part souvent en arrière, de façon incontrôlée. Ce déséquilibre peut gêner sa respiration, provoquer un micro-traumatisme cervical ou simplement lui faire peur, ce qui n’est jamais anodin à cet âge.
Et puis il y a le plexus brachial – ce réseau de nerfs qui court de la nuque jusqu’aux bras. Des études (Nature, 2024) estiment qu’environ 1 à 3 naissances sur 1 000 entraînent une lésion de ce plexus, souvent par des tractions excessives.
Même si ces cas sont souvent liés à l’accouchement, des mouvements brusques après la naissance peuvent aussi le fragiliser.
Autrement dit : ce qui ressemble à un simple coup de main peut, en réalité, être une pression malvenue sur une zone particulièrement sensible du corps du bébé.
Les épaules et les bras ne sont pas des poignées
Imaginez un instant qu’on vous soulève vous-même par les épaules, sans que vos bras ni votre dos ne soient soutenus. Inconfortable, non ?
Pour un bébé, c’est bien pire. Ses articulations ne sont pas encore stabilisées, ses os sont en croissance, et ses muscles encore trop faibles pour compenser quoi que ce soit.
Soulever un bébé uniquement par les aisselles peut mettre une pression directe sur ses épaules, forçant une extension des bras qui n’a rien de naturel. Ce geste peut entraîner des micro-étirements au niveau des tendons et des ligaments, voire favoriser des troubles de l’alignement à long terme.
Certains parents rapportent d’ailleurs des situations où leur bébé s’est mis à pleurer juste après ce type de portage, sans blessure apparente, mais avec un certain inconfort.
Un diagnostic courant dans ce cas : une tension du plexus brachial ou un léger déplacement articulaire, qui peut nécessiter l’intervention d’un ostéopathe ou d’un kiné pédiatrique.
Le bon réflexe ? Toujours penser au portage comme un soutien global. On ne saisit pas un nouveau-né comme un sac de sport : on l’enveloppe, on l’accompagne, on le sécurise.
Un geste peu ergonomique… pour les parents aussi
Et vous, dans tout ça ? Eh bien, porter bébé sous les aisselles est aussi une fausse bonne idée pour votre propre corps. Ce geste oblige souvent à vous pencher, à tendre les bras, à forcer sur les poignets ou les épaules.
Résultat : douleurs lombaires, tensions dans la nuque ou dans les poignets, surtout si vous répétez ce mouvement plusieurs fois par jour.
Une enquête menée auprès de 3 758 parents parue sur ResearchGate montre que près de 80 % des parents rapportent des douleurs dorsales ou pelviennes, en lien avec les manipulations répétées du bébé. Et ce dès les premiers mois.
Des physiothérapeutes recommandent d’ailleurs aux jeunes parents d’adopter des gestes ergonomiques pour eux aussi : plier les genoux, rapprocher le bébé de soi avant de le soulever, éviter les torsions et les mouvements déséquilibrés.
Ce n’est pas une question de confort personnel uniquement : un parent bien placé est un parent plus sécurisant.
Comment porter bébé sans risques
Heureusement, il existe des alternatives simples, validées par les pédiatres, kinésithérapeutes et spécialistes du portage.
Le plus connu est le portage “en berceau” : une main soutient la tête et le cou, l’autre vient se placer sous les fesses. C’est un geste enveloppant, naturel, qui respecte la courbure physiologique du dos du nourrisson.

Autre position efficace : le “ballon de rugby”, souvent utilisée pour l’allaitement, qui permet de soutenir le corps latéralement tout en gardant la tête dans l’alignement du tronc.

Et bien sûr, le portage physiologique en écharpe ou en porte-bébé adapté : il permet de garder bébé tout contre vous, en position “M” (genoux plus hauts que les fesses), tout en ayant les mains libres. Bonus : cette position est aussi excellente pour le développement des hanches et la régulation du stress chez le tout-petit.
Les professionnels s’accordent à dire qu’il faut éviter le port sous les aisselles au moins jusqu’à 4 mois, et idéalement jusqu’à ce que le bébé maîtrise bien sa tête et commence à se redresser seul, soit autour de 5 à 6 mois.
Les petits gestes font les grandes sécurités
Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’apprendre. Nous faisons tous des gestes mécaniques, parfois par habitude ou par fatigue. Mais en matière de portage, chaque détail compte. Le bon geste n’est pas plus compliqué, il est simplement plus réfléchi.
En tant que parent, vous êtes le premier repère sensoriel de votre enfant. Vos mains, votre posture, votre façon de le soulever lui envoient des milliers d’informations par seconde. Offrez-lui des repères rassurants, stables, enveloppants.
Et la prochaine fois que vous tendrez les bras pour attraper bébé, posez-vous une seconde : est-ce que je le soulève pour lui, ou parce que c’est plus rapide ? Vous verrez, le bon réflexe viendra vite… et votre dos vous dira merci.