Un nom circule en 2026 pour désigner un réflexe que beaucoup reconnaissent sans l’avoir formulé : la « technoférence », c’est-à-dire le fait de consulter son téléphone devant un enfant, ce qui réduit la disponibilité cognitive et émotionnelle de l’adulte et appauvrit les échanges. Dévoilée le 22 juin 2026 par Bayard Jeunesse et l’Observatoire Santé PRO BTP, l’étude FOCUS a interrogé 980 parents d’enfants de 2 mois à 17 ans, entre octobre 2024 et janvier 2026. Résultat : 55 % admettent consulter régulièrement un autre écran pendant les moments consacrés à leur enfant de moins de 5 ans. Ces chiffres concernent des parents, pas des grands-parents ; la transposition à votre rôle, nous la ferons plus bas, en disant ce qu’elle a de fragile.
Ce que les études mesurent quand un adulte regarde son écran devant un enfant
Les données de synthèse citées dans la recherche indiquent, en moyenne, une baisse de 20 % de la communication verbale et de 39 % des interactions non verbales (regards, expressions, gestes) lorsqu’un adulte utilise son téléphone en présence d’un enfant. Ce sont des moyennes issues d’une synthèse dont la source primaire n’est pas identifiée : à lire comme un ordre de grandeur, pas comme une mesure applicable à une visite en particulier.
Côté attachement, une étude parue en juin 2026 dans Frontiers in Psychology associe l’usage du smartphone par les adultes devant des adolescents à une relation plus insécurisée. Elle porte sur des adolescents, non sur de jeunes enfants, et ses auteurs insistent : il s’agit d’une corrélation, pas d’un lien de cause à effet. Un adolescent naturellement plus anxieux peut se montrer plus sensible à la moindre distraction de ses proches. Les chercheurs appellent d’ailleurs à ne pas culpabiliser.
Autre limite : selon une étude publiée sur PubMed (référence précise non fournie dans la recherche), la nature de la distraction ne change pas l’effet. Un téléphone, mais aussi un magazine ou une conversation avec un tiers, pèsent de la même façon sur la qualité de l’échange. Le téléphone n’est donc qu’une distraction parmi d’autres, simplement la plus à portée de main.
Du parent au grand-parent : une transposition, pas une mesure
Aucune des études citées ici ne porte sur les grands-parents et le téléphone. Appliquer ces résultats à votre situation est un raisonnement par analogie : un adulte attentif, un enfant qui cherche son regard. Rien de plus.
Ce qui est mieux documenté, c’est la valeur du lien lui-même. Une étude de l’Université de Boston portant sur 376 grands-parents indique qu’une relation forte avec les petits-enfants réduit de 50 % le risque de dépression chez les seniors. Sa date n’est pas précisée, et il s’agit d’une association observée dans un groupe, non d’une garantie individuelle. Elle rappelle toutefois que ce temps partagé profite aux deux générations. Quand la relation est plus délicate, d’autres leviers existent, comme ceux évoqués à propos de la relation grand-mère et petite-fille difficile.
Le geste : téléphone hors de vue, premiers instants pour l’enfant
Le geste tient en une phrase : à l’arrivée de l’enfant, le téléphone disparaît de la vue, dans un sac, une poche ou un tiroir, plutôt que posé à côté de vous, et le premier moment d’accueil lui revient entièrement. Ranger l’appareil se pense comme le reste de la préparation d’une visite, la tenue choisie, la maison en ordre, le goûter prêt : un détail d’accueil qui dit « je t’attendais ». Aucune étude citée ne mesure l’effet de ce geste précis sur le lien ou le développement de l’enfant ; il découle de ce que la recherche observe de la présence, rien de plus.
Certaines situations demandent un compromis. Si vous attendez un appel important ou urgent, ou si votre famille ou votre activité exige que vous restiez joignable, gardez le téléphone accessible : prévenez simplement l’enfant (« j’attends un appel, après je suis tout à toi ») et limitez la consultation au nécessaire. Si un enfant de votre entourage est plus sensible ou anxieux, les chercheurs signalent qu’il peut réagir davantage à toute distraction : une vigilance un peu accrue se justifie, sans aucun diagnostic à poser.
La recherche ne précise ni l’âge de l’enfant, ni la durée ou la fréquence des visites pour lesquelles le geste pèserait davantage : à vous de l’ajuster à votre rythme. L’objectif est la qualité de présence, pas l’abstinence totale. Un après-midi où le téléphone a sonné, où vous avez répondu à un message, n’annule rien de ce que vous construisez : le geste compte parce qu’il se répète, pas parce qu’il est tenu à chaque visite.