Ces deux prénoms se prononcent exactement de la même façon, et pourtant ils n’ont pas la même histoire. Si vous pensez simplement choisir entre deux graphies d’un seul et même prénom, cette idée mérite d’être corrigée dès maintenant.
Margot et Margaux ont des origines bien distinctes, et cette différence change tout au moment de trancher.
Deux prénoms, deux histoires bien distinctes
Margot et Margaux sonnent de façon identique à l’oreille, ce qui crée une confusion persistante chez les futurs parents.
Mais derrière cette prononciation commune se cachent deux prénoms qui n’ont pas suivi le même chemin historique, ni la même logique de formation.
Margot est un prénom ancien, ancré dans la langue française depuis le Moyen Âge, issu d’une longue tradition de diminutifs.
Margaux, elle, est une invention du XXe siècle, née d’une anecdote personnelle et du prestige d’un grand cru bordelais. Ce n’est pas une variante orthographique – c’est un prénom à part entière, avec sa propre identité culturelle.
Quelle est l’orthographe originale de Margot?

Margot est la forme originelle. Elle dérive directement de Marguerite, lui-même issu du grec ancien margaritès, qui signifie « perle ».
La contraction phonétique est naturelle : Marguerite devient Margot par raccourcissement populaire, comme il s’en produisait beaucoup au Moyen Âge.
Le prénom s’est d’abord imposé comme surnom affectueux avant de s’autonomiser complètement. Dès la Renaissance, Margot circule dans l’aristocratie française comme prénom à part entière, sans que personne n’ait besoin de connaître Marguerite pour le donner.
C’est à cette époque que sa notoriété grimpe franchement, portée notamment par une figure royale dont vous lirez le portrait plus bas.
Son orthographe est sobre et directe. Le -t final est muet, comme dans mot ou artichaut, ce qui lui donne ce côté ramassé et net que beaucoup de parents apprécient encore aujourd’hui.
Quelle est l’origine du prénom Margaux?
L’histoire de Margaux commence avec une femme précise : Margaux Louise Hemingway, née le 16 février 1954 et décédée le 1er juillet 1996. À l’état civil, elle s’appelait Margot – le prénom classique. C’est elle qui a choisi, adulte, de modifier son orthographe en Margaux.
La raison de ce changement tient à une anecdote familiale. Ses parents auraient consommé du Château Margaux lors de sa conception, ce grand cru du Médoc que son grand-père Ernest Hemingway appréciait particulièrement.
En modifiant son prénom pour adopter l’orthographe du château, elle a transformé une coïncidence familiale en identité.
La suite de sa vie a largement contribué à diffuser cette graphie. Elle commence sa carrière de mannequin à New York en 1974 et signe en 1975 un contrat d’un million de dollars pour le parfum Babe de Fabergé – l’un des premiers contrats de cette envergure dans l’industrie.
Son visage s’affiche partout dans les années 1970, et avec lui cette orthographe inédite qui mêle consonance française et référence viticole.
Margaux n’est donc pas une graphie ancienne retrouvée dans des archives. C’est une création contemporaine, portée par une personnalité publique, puis adoptée par des milliers de familles françaises attirées par son caractère distinctif.
La Reine Margot : Margot ou Margaux dans les livres d’Histoire?

La réponse est nette : la Reine Margot s’écrit Margot, sans aucune ambiguïté. Margaux n’existait pas encore au XVIe siècle. Écrire « la Reine Margaux » serait un anachronisme.
Marguerite de France naît le 14 mai 1553 à Saint-Germain-en-Laye. Fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, sœur des rois François II, Charles IX et Henri III, elle épouse Henri de Navarre en 1572, devenant ainsi reine de Navarre.
Ce mariage, célébré quelques jours avant la Saint-Barthélemy, en fait malgré elle l’une des figures les plus tragiques de la Renaissance française.
Le surnom « la Reine Margot » s’est imposé au XIXe siècle, popularisé par le roman d’Alexandre Dumas paru en 1845. Avant cela, on l’appelait simplement Marguerite de Valois.
Ce surnom affectueux reprend la forme médiévale du prénom – Margot – qui était couramment utilisée pour désigner les Marguerite de l’époque. L’orthographe en -aux n’a donc aucune place dans cette histoire.
Quelle est l’orthographe la plus populaire : Margaux ou Margot?
Les chiffres sont clairs. Selon les données de l’état civil français, 63 450 Françaises portent le prénom Margaux en 2020, contre 47 801 pour Margot. L’écart est significatif : Margaux devance Margot d’environ 15 000 porteuses.
Les deux prénoms ont connu leur pic simultanément en 1999. Cette année-là, 2 829 bébés ont reçu le prénom Margaux, contre 2 001 pour Margot.
C’est une coïncidence révélatrice : la même génération, portée par les mêmes tendances des années 1990, a choisi l’un ou l’autre en même temps.
Margaux était quasi inexistante avant 1980 – on comptait à peine une dizaine de naissances annuelles. La montée en puissance est spectaculaire entre 1980 et 2000.
La notoriété de Margaux Hemingway dans les années 1980-1990 a clairement pesé dans cette dynamique, offrant à cette orthographe une visibilité internationale que Margot n’avait pas à l’époque.
Au classement 2020, Margaux se place 37e et Margot 51e – un écart qui confirme l’avance durable de la forme en -aux.
Margot ou Margaux pour un bébé : les critères pour trancher

Vous attendez un bébé et la question revient sans cesse. Voici ce qui distingue vraiment les deux options, au-delà de la simple esthétique.
- Ancienneté : Margot existe depuis le Moyen Âge, Margaux depuis les années 1970. Si l’enracinement historique compte pour vous, la réponse est Margot.
- Référence culturelle : Margaux porte une connotation viticole et bordelaise assumée. C’est un atout pour certains, une contrainte pour d’autres.
- Fréquence : Margaux est plus répandue (63 450 porteuses contre 47 801). Margot est donc légèrement moins courante parmi les femmes nées autour de 2000.
- Perception à l’écrit : Margaux intrigue par son -aux final inhabituel pour un prénom. Margot paraît plus sobre, plus facile à mémoriser à l’écrit.
- Prononciation : Strictement identique dans les deux cas. La différence n’existe qu’à l’écrit.
Un détail pratique souvent négligé : l’orthographe Margaux génère régulièrement des erreurs administratives.
Les personnes qui ne connaissent pas l’origine du prénom écrivent spontanément Margot, même quand le prénom officiel est Margaux. Cela peut sembler anecdotique, mais cela devient vite lassant à corriger toute une vie.
Margot : signification, personnalité et pays d’origine
La signification de Margot remonte directement à cette « perle » grecque dont il était question plus haut. La perle, dans de nombreuses cultures, symbolise la douceur acquise par le temps – elle se forme lentement, par couches successives, à partir d’un grain de sable. C’est une image qui colle bien à un prénom qui a mis des siècles à trouver son autonomie.
Margot est un prénom d’origine française, plus précisément ancré dans la tradition médiévale occitane et du nord de la France. On le retrouve aussi en Belgique, en Suisse romande et dans les pays francophones d’Afrique.
Son ancrage est résolument français, contrairement à d’autres prénoms qui circulent librement d’une langue à l’autre.
En matière de traits associés, les prénoms ne font pas la personnalité – mais les perceptions culturelles existent. Margot évoque souvent quelqu’un de vif, direct, avec un sens de l’humour sec.
L’image de la Reine Margot – femme cultivée, politique, libre pour son époque – a probablement contribué à cette association de caractère. C’est un prénom qui ne cherche pas à plaire à tout prix, et ça se ressent dans la façon dont il est perçu.
Margaux reste indissociable de l’univers du vin bordelais

Le Château Margaux est l’un des cinq premiers crus classés de Bordeaux depuis le classement de 1855. Il est situé dans la commune de Margaux, en Médoc, sur la rive gauche de la Gironde.
L’appellation Margaux couvre environ 1 400 hectares répartis sur cinq communes, et produit certains des vins les plus recherchés au monde.
Ce contexte donne au prénom Margaux une dimension géographique et culturelle que Margot ne possède pas.
Porter ce prénom, c’est porter – consciemment ou non – une référence à ce territoire précis, à cette tradition viticole qui fait partie de l’identité française au même titre que la gastronomie ou la haute couture.
Pour certaines familles bordelaises ou attachées à cet univers, choisir Margaux est un geste culturel délibéré. Pour d’autres, l’association au vin peut sembler réductrice ou trop chargée. Ce n’est pas un jugement – c’est une dimension à intégrer dans votre réflexion.
Margot ou Margaux : que disent les tendances récentes pour 2024?
Depuis le pic de 1999, les deux prénoms ont suivi une trajectoire descendante, comme beaucoup de prénoms populaires des années 1990-2000.
La génération née à cette époque vieillit, et les parents d’aujourd’hui cherchent souvent à se distinguer des prénoms qu’ils ont croisés toute leur scolarité.
Margot résiste mieux que Margaux dans les attributions récentes. Le prénom bénéficie d’un regain d’intérêt lié à la vague des prénoms courts et classiques – tendance forte depuis 2015 environ.
Des prénoms comme Rose, Lucie, Claire ou Jade occupent le haut des classements, et Margot s’inscrit dans cette même logique de sobriété.
Margaux, elle, souffre légèrement de sa surexposition dans les années 1990. Les parents de 2024 cherchent à éviter les prénoms trop associés à une décennie précise, et Margaux porte cette empreinte temporelle plus fortement que Margot, dont l’ancienneté médiévale lui confère une forme d’intemporalité.
Pour les naissances actuelles, les deux prénoms restent des choix parfaitement défendables – ni trop rares pour surprendre l’entourage, ni trop saturés pour que votre fille soit la troisième de sa classe.
Margot progresse doucement dans les intentions des jeunes parents, tandis que Margaux maintient son stock considérable de porteuses sans pour autant dominer les classements annuels récents.
Au fond, ce choix se ramène à une seule question : voulez-vous un prénom qui s’inscrit dans sept siècles d’histoire française, ou un prénom né d’une bouteille de Bordeaux et d’une carrière de mannequin iconique ?
Les deux réponses sont honnêtes. Et dans les deux cas, votre fille s’appellera [mar-go] – une perle, quelle que soit la façon dont vous l’écrivez.